Darren Turner

Darren Turner, l’icone moderne d’Aston Martin

De tous les Aston Martin boys, Darren Turner est sans doutes le plus emblématique. Fidèle à la marque depuis les premiers tours avec la DBR9 en 2004, il repart en 2013 pour une nouvelle campagne en GT, avec pour ambition de remporter Le Mans et le Championnat du monde d’endurance (WEC). Le pilote Anglais revient pour nous sur son épopée avec la marque, et nous raconte les hauts et les bas, sans détours.

La première course avec l’Aston Martin DBR9 se solde par une victoire, à Sebring en 2005. Une surprise pour une entrée en matière face aux Corvette, ou un résultat logique ?

La première fois que nous avons testé la DBR9 c’était en novembre 2004 et nous avons prolongé les tests un peu avant de partir à Sebring en mars 2005. Même si c’était une nouvelle voiture, elle avait déjà montré son potentiel mais nous étions encore dans les premiers stades du développement.

Pour les 12 Heures de Sebring, nous nous espérions voir la fin de la course, plutôt que de nous battre pour la victoire. Étonnamment, plus la semaine avançait et le circuit devenait chargé en gomme, plus la voiture s’améliorait, et avait une vitesse de passage en courbes élevée. C’était un début incroyable pour ce qui est devenu une voiture de course emblématique.

Aux 24 Heures du Mans, en FIA GT, ALMS ou Le Mans Series, vous avez toujours piloté cette saison là une Aston Martin DBR9. Elle semblait si légère par rapport aux autres GT1. Cela était naturel, ou le fruit d’un programme de développement conséquent ?

La DBR9 est fondamentalement une très bonne voiture. Elle a été conçue avec une aéro optimisée, ce qui supposait des compromis : sur les circuits comme Le Mans qui sont relativement doux, nous étions très fort, mais sur un circuit bosselé, la tenir se révèle plus compliqué. L’équipe a fait un excellent travail pour s’assurer que nous étions très proches d’un réglage parfait pour Le Mans… sur le circuit, lorsque nous sommes arrivés, il fallait donc simplement faire quelques optimisations pour s’adapter aux caractéristiques de cette piste.

2007, victoire avec Aston Martin et la DBR9
2007, victoire avec Aston Martin et la DBR9 © Geoffroy Barre

Je pense qu’aucune voiture de course est facile à piloter jusqu’à la limite, la DBR9 est simplement une voiture qui ne nous prenait jamais à défaut.

En 2007, la victoire de catégorie était la meilleure performance d’Aston martin en sport-auto depuis la victoire de 1959… En tant que pilote, cet héritage était palpable ?

Oui, tout à fait. En tant que pilote Aston Martin, vous êtes très conscients de l’héritage issu du sport automobile de la société, en particulier les réalisations de Shelby et Salvadori !

Avez-vous ressenti ce « patrimoine » en franchissant la ligne ?

Mon premier sentiment était une impression de soulagement. Nous avons été compétitifs en 2005 et 2006 et il y avait une énorme pression pour la victoire en 2007.

Aston Martin Racing - Aston Martin DBR9 009
Aux célèbres couleurs GULF, Aston-Martin remporte les 24 Heures du Mans (GT1) © Geoffroy Barre

Regarder David Brabham franchir la ligne et être avec l’équipe sur le muret des stands, c’était un moment incroyable. Même si nous avons gagné en 2007 et en 2008, la victoire de 1959 est toujours quelque chose dont nous nous souvenons et qui nous inspire, car c’était une victoire au général.

En 2008 vous avez encore eu un gros programme avec les Le Mans Series, l’ALMS, Le Mans et le FIA GT (sans parler du BTCC!). Gagner à nouveau au Mans été la confirmation que la DBR9 est la meilleure voiture en GT1. Personnellement, cette victoire, avec une météo difficile, est la meilleure pour vous au Mans ?

2007 a été la plus importante des deux victoires, à cause de la pression que nous avions sur nous, mais 2008 a été une expérience bien plus agréable.

Darren Turner, Monsieur Aston Martin
Darren Turner, Monsieur Aston Martin © Aston Martin Racing

Je me suis senti plus détendu au volant et en mesure de profiter de la course. La grande différence, c’est que en 2008 nous avons couru avec la livrée emblématique Gulf pour la première fois et pour moi personnellement, c’est un véritable honneur d’être au volant d’une voiture avec ces couleurs légendaires, en particulier au Mans.

De 2009 à 2010, vous avez conduit en LMP1, la Lola DBR1-2. Cette beauté, à moteur V12, a gagné quelques courses, mais n’a pas réussi à lutter contre les diesel dans la Sarthe. Parlez-moi de la frustration, le sentiment que vous n’êtes pas dans la même catégorie face aux Peugeot et Audi ?

Pour être honnête, je ne me suis jamais senti frustré. J’ai toujours pensé à l’époque que le LMP1 était effectivement divisé en deux classes et nous étions dans la classe un peu plus lente avec comme objectif de battre les autres concurrents avec un moteur essence. Il y avait une grande différence entre le diesel et l’essence, telle que nous ne pouvions même pas espérer.

11e en 2009, et un abandon en 2010. La DBR1-2 méritait mieux ?

Oui bien sûr. En 2010, nous étions à une bonne quatrième place, derrière le trio Audi, mais nous avons eu une panne moteur durant la dernière heure.

Lola-Aston Martin B09/60 - Aston Martin Racing 009
Lola-Aston Martin B09/60 – Aston Martin Racing 009 © Geoffroy Barre

Bien que les résultats de cette voiture au Mans n’ont jamais fait sensation, elle est devenue la favorite des fans, non seulement pour son look, mais surtout pour son bruit !

2011 restera sans doutes comme votre pire année, avec l’AMR-one ! Parlez-moi de votre premier contact avec cette voiture, et vos sentiments à son volant ?

Si vous regardez ce que Aston Martin Racing a réalisé depuis sa création en 2004, presque tous les projets ont été couronnés de succès. 2011 a été le seul grand faux pas que l’équipe a eu.

Aston Martin AMR-one à son box, Le Mans 2011
Aston Martin AMR-one à son box, Le Mans 2011 © Geoffroy Barre

Cela arrive aux meilleures équipes dans le monde de temps en temps. Le projet était une entreprise énorme avec un temps limité et le financement n’a peut-être pas été suffisant, mais les gars, encore, ont fait un travail incroyable pour produire une voiture entière et son moteur dans un laps de temps si court. Même si nous n’avons jamais vu le potentiel du moteur, j’ai eu un bon feeling avec le châssis. Nous avions juste besoin de plus de temps pour développer le package.

Quelle était l’ambition le samedi matin au Mans, avant le départ ?

Personne ne se faisait d’illusion. Nous avions tous que cela allait être une course sifficile et ma pensée personnelle était que ce serait bien de tenir jusqu’à minuit. Tout ce qui pouvait arriver au delà serait alors du bonus. L’équipe a décidé de changer une pièce dans le moteur le vendredi et c’est, si l’on y repense, un facteur important qui a sans doutes causé notre perte, et le fait que la voiture ne couvre que très peu de tours. Il est facile de dire cela après coup, que nous n’aurions pas du changer la pièce, mais cela a été fait avec les meilleures intentions… c’est la course !

Heureusement, en 2012, Aston Martin est revenu en Gt avec la Vantage GTE. Elle semble bien depuis que l’usine l’a retravaillée. La deuxième partie de la saison a été excellente, qu’espérez-vous pour 2013 ?

C’est génial d’être de retour en GT avec la nouvelle Vantage GTE.

Aston Martin de retour au mans en GT en 2012
Aston Martin de retour au mans en GT en 2012 © Geoffroy Barre

Après la déception de 2011, il était très important que nous soyons compétitifs dès les débuts. Nos objectifs pour 2012 étaient de s’assurer que la voiture soit fiable et nous espérions obtenir un peu de podiums en WEC. Le fait que nous avons fini par gagner à Shanghai montre les progrès qui ont été réalisés tout au long de la saison. En 2013, je pense que le WEC sera encore plus disputé que l’an dernier et j’espère que nous aurons une chance de nous battre pour le championnat…

Merci à Darren Turner pour sa disponibilité et à Lindsay Morle.

Geoffroy Barre

Rédacteur web, spécialiste des courses d'endurance, je partage mes découvertes avec vous sur Circuit Classic. On s'est déjà croisé au Mans, au Nurburgring, à Spa-Francorchamps ou peut-être à Daytona.

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