Ford C100 de Manfred Winkelhock et Klaus Niedzwiedz, 1000 km de Brands Hatch 1982 - photo Martin Lee

Ford C100 : la Group C oubliée

Ce n’est pas la Group C la plus prestigieuse, ni même de celles que l’on cite rapidement lorsque l’on pense à l’endurance des années 80 et à l’âge d’or des prototypes fermés. Et pourtant. Nourrissant de belles ambitions, la Ford C100 aurait pu se battre au top niveau si l’état major du constructeur Américain en avait décidé autrement. Portrait de celle qui devait faire briller de nouveau Ford aux 24 Heures du Mans, mais dont la carrière fut aussi brève que chaotique.

Ford C100, faire renaître l’esprit de la GT40

Son physique ne semble pas avoir grand chose en commun avec la mythique Ford GT40 des années 60. La Ford C100 possède un design assez particulier. Un nez qui ressemble plus à une grosse pelle qu’à un capot profilé, un arrière plat et peu travaillé. « On a l’impression que la personne qui s’est chargée de dessiner l’avant n’est pas la même que celle qui s’est occupée de l’arrière » a confié au sujet de la première version de la Ford C100 le designer Tony Southgate, appelé en 1982 pour remodeler la version d’origine.

Ford C100
éclaté de la Ford C100

« La crémaillère de direction était mal placée, et la suspension arrière semblait avoir été conçue pour une voiture totalement différente. L’ensemble manquait cruellement de rigidité, alors j’était confiant sur le fait de pouvoir lui apporter des améliorations« .

La crémaillère de direction était mal placée, et la suspension arrière semblait avoir été conçue pour une voiture totalement différente

Dessinée à l’origine par Len Bailey, co-créateur du dessin de la Ford GT40, la Ford C100 avait tous les atouts sur le papier pour devenir une reine de l’endurance. Avec un moteur Cosworth sous le capot, elle devait faire renaître les heures de gloire de Ford aux 24 Heures du Mans. Car après les années de victoires en Sarthe, Ford a connu le succès en F1 avec ses moteurs Cosworth DFV (dont le premier s’est imposé en championnat du Monde en 1968). En F 3000 (toujours avec les moteurs dérivés de la F1), mais aussi en Championnat d’Europe pour Voitures de Tourisme ou en Rallye (avec les Ford Escort RS 1600 et RS 1800), Ford a tout gagné. Revenir aux 24 Heures du Mans au plus fort des années de domination de Porsche, avec le règlement des Group C, promettait des courses fabuleuses.

Débuts ratés, évolution compliquée

La Ford C100 devait faire ses débuts aux 24 Heures du Mans 1981. C’est finalement à l’occasion des 1000 km de Brands Hatch, trois mois plus tard, que la C100 reçoit son baptême de piste. Les choses commencent plutôt bien pour Manfred Winkelhock et Klaus Ludwig, qui décrochent la pole position. Mais des soucis de boite de vitesses entachent leur course. Pour 1982, le développement sera alors accompli, et la voiture fiabilisée ? Malheureusement, les choses vont tourner différemment. Bailey quitte le projet avant d’entamer le travail pour une version revue et corrigée. C’est ici que Tony Southgate entre en jeu.

Ford Team Zakspeed Liqui Moly, Ford C100 #0 Manfred Winkelhock, Norisring 1982 - Photo Harry Maurer
Ford Team Zakspeed Liqui Moly, Ford C100 #0 Manfred Winkelhock, Norisring 1982 – Photo Harry Maurer

Avec l’aide de John Thompson, il mène un travail de fond sur les suspensions, et développe un châssis en aluminium en nid d’abeille plus fort que celui d’origine. Après un début de saison marqué par les abandons, Manfred Winkelhock et Klaus Ludwig terminent enfin une course avec les C100. Aux 6 Heures de Silverstone, deux châssis se classent ainsi 8e et 10e.

Ford C100 en piste avec une Sauber SHS C6, Le Mans 182. Photo Martin Lee
Ford C100 en piste avec une Sauber SHS C6, Le Mans 182. Photo Martin Lee

Aux 24 Heures du Mans, aucune des Ford C100 ne voit l’arrivée. En qualification, elles sont tout de même remarquées : 3:32.500 pour la n°6 (6e place), tandis que la n°7 signe un 3:38.020 (11e place).

La C100 mk3 aurait été une des meilleures voitures, le châssis était alors bien meilleur que celui d’une Porsche 956, tout comme l’aérodynamique

Une version turbo du moteur DFV V8 est ensuite installée dans l’auto à l’intersaison 1982-1983.  Le travail réalisé par John Thompson a tant impressionné Ford qu’il est missionné pour développer une nouvelle version, la Ford C100 mk3. Mais celle-ci est tuée dans l’œuf. Ford arrête le programme subitement. La C100 a pourtant décroché sa première victoire dans l’intervalle, en Deutsche Rennsport Meisterschaft, lors du Grand Prix d’Hockenheim (Klaus Ludwig au volant d’une C100 engagée sous le nom de Jägermeister-Ford-Zakspeed Team).

Ford Team Zakspeed Liqui Moly, Ford C100 #0 Manfred Winkelhock, Norisring 1982 - Photo Harry Maurer
Ford Team Zakspeed Liqui Moly, Ford C100 #0 Manfred Winkelhock, Norisring 1982 – Photo Harry Maurer

Après l’arrêt du programme, Zakspeed continuera avec les C100, ou plutôt des versions dérivées, les C1/4 et C1/8. L’équipe Peer Racing sera la seule à engager un châssis C100 (le #04) en 1983, à Brands Hatch, au Mans et à Thruxton. En fin de saison, c’est de nouveau à Brands Hatch que la C100 apparaîtra, mais un accident en essais la privera de course.

Ford Team Zakspeed Liqui Moly, Ford C100 #0 Manfred Winkelhock, Norisring 1982 - Photo Harry Maurer
Ford Team Zakspeed Liqui Moly, Ford C100 #0 Manfred Winkelhock, Norisring 1982 – Photo Harry Maurer

La carrière de la Ford C100 aurait pu être différente si Ford avait cru en ses chances en 1983. Avec les modifications apportées, Tony Southgate était confiant. « Avec John Thompson, nous avons essayé de racheter le projet auprès de Ford lorsqu’ils l’ont arrêté. La C100 mk3 aurait été une des meilleures voitures, le châssis était alors bien meilleur que celui d’une Porsche 956, tout comme l’aérodynamique« .

Ford C100 de Francois Migault - David Kennedy - Martin Birrane, Le Mans 1983 - Photo Martin Lee
Ford C100 de Francois Migault – David Kennedy – Martin Birrane, Le Mans 1983 – Photo Martin Lee

Possible, mais de 1982 à 1987, Porsche a imposé sa 956, puis sa 962C, cumulant 6 victoires de rang, au Mans tandis que le compteur de Ford en Sarthe est lui toujours bloqué à 4 succès. Ces quatre victoires consécutives (de 1966 à 1969) font encore aujourd’hui de Ford le seul constructeur américain vainqueur des 24 Heures du Mans…

Sources :

Crédit photo Harry Maurer, qui possède le très complet porsche917.motorsport-info.de dédié aux Porsche 917. Son profil FlickR est également à découvrir. Merci également à Martin Lee, alias « Karting Nord », pour ses photos toujours aussi puissantes.

Geoffroy Barre

Rédacteur web, spécialiste des courses d'endurance, je partage mes découvertes avec vous sur Circuit Classic. On s'est déjà croisé au Mans, au Nurburgring, à Spa-Francorchamps ou peut-être à Daytona.

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